Je commence par cartes sur table.
Je ne suis pas dev. Je suis plombier à Nice. Mais depuis un moment, je m'intéresse à l'IA, j'utilise ChatGPT au quotidien, et ce blog que tu es en train de lire, je l'ai construit avec Claude Code, ligne par ligne. Cet article aussi, je l'écris avec une IA. Pas tout seul.
Donc avant que je te parle de ce qui ne va pas, garde ça en tête : je suis dedans. Pas en spectateur. Dedans, comme utilisateur quotidien, comme bénéficiaire de ces outils qui m'ont permis de faire des choses que j'aurais jamais pu faire sans.
Et pourtant.
Je crois que je suis en train de me perdre.
Le bruit
J'ouvre mon téléphone. En 30 secondes, j'ai vu :
- Une vidéo où Macron dit un truc.
- Un commentaire qui dit que la vidéo est un deepfake.
- Un article qui dit que c'est vrai.
- Un autre article qui dit que les deux premiers sont des fakes.
- Une notif Twitter d'un mec qui m'explique pourquoi tout le monde a tort.
- Un post LinkedIn d'un coach qui m'explique comment être plus productif.
- Une pub pour une formation à 1 990 € pour "maîtriser l'IA en 30 jours".
Et c'était juste 30 secondes.
Avant, on avait pas assez d'infos. On lisait un journal le matin, on regardait le 20h le soir, on en parlait avec les collègues. Aujourd'hui c'est l'inverse. On a trop d'infos, et plus aucune façon fiable de savoir ce qui est vrai.
Quand tout le monde peut produire du contenu qui ressemble à du vrai contenu — vidéo, audio, texte, image — quand n'importe qui peut générer un faux Macron qui dit n'importe quoi, et qu'un autre peut générer un faux article pour démentir le premier deepfake, on arrive à un point où plus rien n'est crédible par défaut. Et l'IA accélère tout ça.
Le téléphone
Et pendant que j'essaie de trier le vrai du faux, mon téléphone fait son boulot. Il me capte.
Il vibre. Il sonne. Il s'allume tout seul. Il me propose des trucs que j'avais oublié que je voulais. Il sait mieux que moi à quelle heure je vais m'endormir, ce qui m'intéresse, ce qui va me faire cliquer.
Le pire, c'est pas qu'il essaie. Le pire, c'est que ça marche.
Je suis là, à scroller, à 23h, alors que je voulais juste dire bonsoir à ma femme et me coucher. Je suis là, à recharger l'écran de Twitter, alors que je sais qu'il n'y aura rien de nouveau d'important. Je suis là, à regarder une 4ème vidéo du même type qui m'explique la même chose qu'il y a une heure.
Je perds pas mon attention. On me la prend. Et je laisse faire parce que c'est plus facile que de résister.
Le paradoxe
Et le truc qui me fait le plus chier dans tout ça, c'est que je participe à ce monde-là.
Quand je construis quelque chose avec Claude Code, je vais 10 fois plus vite qu'avant. C'est génial. Mais ce qu'on construit collectivement, avec tous ces outils, ça fait quoi au monde ? On produit plus de contenu que jamais. Plus de textes. Plus de vidéos. Plus de sites. Plus d'apps. Plus d'images. Plus de tout.
On contribue à ce déluge qu'on est ensuite incapables de digérer.
Je suis pas anti-IA. Si je l'étais, j'aurais pas ce blog. Mais je commence à me dire que la question, c'est plus "est-ce qu'on peut faire X avec l'IA ?". La question, c'est : "est-ce qu'on doit ?" Et personne ne se la pose, parce qu'on est tous trop occupés à courir.
On va où ?
Honnêtement ? Je sais pas.
Je vois bien que tout s'accélère. Que les modèles s'améliorent tous les trois mois. Que des jobs entiers vont être bouleversés. Que les enfants qui ont 10 ans aujourd'hui vont vivre dans un monde qu'on ne reconnaît pas.
Et je vois aussi qu'on est globalement en train de laisser faire. Pas par mauvaise volonté. Par épuisement. Parce qu'on a trop d'informations, trop de notifications, trop de choses à comprendre, trop de choix à faire. Donc on délègue. On laisse Big Tech décider à notre place. On laisse l'algorithme choisir ce qu'on voit. On laisse les apps gérer notre attention.
Et un matin on se réveille, et on se demande quand est-ce qu'on a arrêté d'être au volant.
Ce que je vais essayer
Je vais pas te faire la liste des 10 hacks pour reprendre le contrôle. Y en a déjà 10 millions, et la plupart sont eux-mêmes des produits qui veulent ton attention pour te dire d'arrêter de donner ton attention. Le serpent qui se mord la queue.
Mais je peux dire les trois trucs que je vais essayer pour moi, à voix haute, comme ça je suis tenu par mon propre article :
1. Désactiver toutes les notifications, sauf appels et SMS. Pas en mode silencieux. Désactivées. Si quelqu'un a quelque chose d'urgent à me dire, il m'appelle ou il m'envoie un SMS. Le reste — Insta, Twitter, mails, apps — peut attendre que j'ouvre l'app moi-même, quand je décide.
2. Lire moins, lire mieux. Arrêter de scroller des fils d'actu. Si je veux comprendre un sujet, je vais chercher 2 ou 3 sources que je sais sérieuses, je lis vraiment, et je m'arrête. Mieux vaut comprendre une chose à fond que survoler 50 trucs.
3. Pas de tel le matin. Quand je me réveille, je laisse le tel posé. Café, douche, petit-déj, sans écran. Le monde a survécu sans que je sois au courant des dernières news pendant la nuit. Il survivra le temps que je boive mon café.
Trois trucs simples. Pas de hack tech. Pas d'app pour me discipliner. Juste des décisions.
Ce qui reste vrai
Je sais pas où on va. Personne sait, en vrai. Ceux qui disent qu'ils savent sont soit des vendeurs, soit des illuminés.
Mais je sais qu'il y a des choses qui n'ont pas changé. Une douche chaude reste une douche chaude. Boire un café au soleil reste boire un café au soleil. Réparer une fuite avec ses mains reste un boulot honnête qui produit un résultat tangible. Faire pousser une plante sur un balcon reste une victoire silencieuse contre l'absurde.
L'IA peut écrire un article. Elle peut pas remplacer ces moments-là.
Et peut-être que c'est ça qu'il faut protéger en priorité. Pas en s'isolant. Pas en jetant le tel. Juste en remettant ces moments au centre, et tout le reste à sa place : utile, intéressant, mais pas vital.
Le tel peut attendre. La vraie vie, elle, elle attend pas.
